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23 septiembre Ce lien qui ne meurt jamais - extraitJ'ai pensé partager cette réflexion de Lytta BASSET sur le deuil. Cela peut conforter ceux qui passe par un deuil aussi bien que servir aux autres en rapport à l'attitude à adopter envers les personnes qui vivent ou ont vécu un deuil.
Ce lien qui ne meurt jamaisLytta BASSET Éditions Albin Michel
15 septembre 2002. Dans un rêve, un jeune homme aux cheveux longs la regarde. Il ressemble à Samuel. L’éclat de ses yeux est insoutenable. Elle comprend que l’intensité de vie qui est la sienne aujourd’hui est encore trop forte pour elle: malgré son désir, elle ne peut pas l’accueillir. Trois semaines plus tard, l’approche de l’anniversaire de naissance de Samuel lui donne envie de s’endormir pour ne jamais se réveiller. Elle rêve qu’il est là, dans la détresse de l’hospitalisation: elle se lève de sa chaise pour lui dire qu‘elle l’aime. Il est tellement vivant! pense-t-elle. Il va falloir informer tout le monde qu’il n ‘est pas mort... Au réveil, la réalité terrestre met longtemps à revenir. À l’oraison, ce matin-là, elle lit l’évangile du jour: « Vous qui savez donner de bonnes choses à vos enfants1... (Évangile de Luc 11, 13)» À la même époque, elle trouve dans le courrier une carte où une femme lui écrit: « Ne doutez pas de l’amour que vous avez donné! »
Moins d’un an et demi après le décès de Samuel, elle note que bien des personnes autour d’elle paraissent surprises quand elle évoque le deuil, comme si pour elles c’était une vieille histoire! Le lendemain, un collègue retraité, qu‘elle rencontre rarement, lui confie qu’à chaque drame vécu parmi ses amis, il inscrit le nom de la personne décédée dans un « livre de la mémoire » qu‘il a constitué au fil des ans. Ainsi le nom de Samuel le garde-t-il toujours en lien avec elle et sa famille. Ému, il avoue n ‘avoir pas prévu de le lui dire ce soir-là.
La force de vie chez certaines personnes, à commencer par les enfants, peut être profondément dérangeante. Quand bien même elle ne se traduit que par l’intensité du regard. Ainsi, les évangiles racontent que Jésus « fixait les yeux » sur ses interlocuteurs, pénétrant dans leurs pensées. Qu’est-ce qui devient alors insupportable? Autrui, tel un miroir, nous reflète ce qui est mort, inerte, inaccompli en nous. Il nous renvoie peut-être aussi notre fermeture à une vie infiniment plus abondante que celle dont nous nous étions contentés: nous avons devant nous la preuve vivante que la vie ne se réduit pas à l’idée que nous nous en étions faite. En d’autres termes, autrui vivant nous révèle combien nous sommes morts. Il me semble que quelque chose de similaire se produit avec notre proche disparu. Quand il commence à nous faire sentir sa présence — dans l’intensité de la Présence —, c’est d’une telle puissance que cela provoque d’abord frayeur et rejet. J’ai toujours été frappée par la première parole que, dans la Bible, les messagers de Lumière adressent aux humains : «Ne crains rien! » C’est qu’il faut être suffisamment vivant pour supporter l’irruption de la Vie!
Prendre conscience qu’on n’en est pas encore là creuse le désir d’y parvenir: on ne demande pas mieux que de pouvoir s’ouvrir à autrui Vivant, de lui faire de la place au plus intime de soi. L’inconscient — ce canal privilégié du souffle saint — en sait beaucoup plus long que nous sur nos proches, y compris ceux qui nous ont quittés. Un indice m en a été donné lorsqu’au réveil je peinais a me remémorer la mort de Samuel : je n’étais pas du tout dans la confusion, j’avais peu à peu intégré jusqu’au fond la réalité de sa mort. C’était d’un autre ordre : si je savais Samuel vivant — de source incontrôlée ! —‘ c’est que j’avais accédé au niveau le plus vrai du réel.
Et qu’est-ce qui allait m’ouvrir à ce plus de vie? Le réveil de l’amour, l’envie, à nouveau, de tisser du lien... Qui ne s’est pas désespéré, à la mort d’un proche, de ne pas l’avoir assez aimé, de ne pas le lui avoir suffisamment fait sentir? À plus forte raison quand il y a eu suicide. À force de le lui redire, à tout hasard, pour qu’il puisse l’entendre, là où il est maintenant, il vient un moment où on le lui dit aussi en rêve. Or, l’inconscient, on le sait, parle plus vrai que nos doutes et nos autocondamnations. Il reste à croire ce qu’il nous dit de nous-mêmes! Il se trouve que la Bible vient à la rescousse: Jésus lui-même, en son inspiration divine, nous assure que malgré nos limites et nos défaillances, «nous savons donner de bonnes choses à nos enfants» — un simple constat, à ses yeux. Et si nous avons encore un doute — j’en aurais peut-être été capable, mais je ne l’ai pas fait – le témoignage des autres vient confirmer ce que la Présence nous soufflait à l’oreille. Ainsi prit fin mon propre tourment. L’amour dont j’étais capable à l’époque, je l’avais donné à Samuel: mon inconscient me le disait; le Tout Autre, par l’intermédiaire d’un texte biblique, me le disait; les autres me le disaient. Le temps était venu de ne plus en douter. Je n’en ai plus douté : j’ai définitivement accepté la réalité, en même temps que la relativité, de l’amour humain.
Quand une société évacue la mort et ce qui l’entoure, il est logique qu’elle supporte malles personnes endeuillées ou les supporte peu de temps: « Comment? Elle n’a pas encore fini son deuil ? », « Il devrait penser à autre chose maintenant! ». Le mutisme remplace parfois le reproche explicite: on fait comme si de rien n’était, on évite la moindre allusion, en particulier à Noël et aux dates anniversaires, soi-disant pour aider la personne à se tourner vers l’avenir en s’abstenant de lui rappeler de mauvais souvenirs. Mais il conviendrait de s’interroger avec lucidité et honnêteté: ne cherche-t-on pas plutôt ainsi à se protéger? Car la personne endeuillée est le rappel terriblement concret que « ça» pourrait arriver n’importe quand à n’importe qui, ou que c’est déjà arrivé et qu’on a tout fait pour l’oublier.
Il vaut la peine de tendre la perche discrètement: la personne a toujours la liberté d’éluder, indiquant par là qu’elle préfère ne pas en parler pour le moment ou dans ce contexte précis. Mais on lui aura au moins fait sentir qu’on « y » pense, qu’on reste solidaire, qu’on est disposé à l’écouter si elle le désire. Et cela est déjà un cadeau précieux! Si, en revanche, c’est elle-même qui aborde le sujet, à plus forte raison si l’on entretient avec elle une relation affective, amicale ou familiale, faire la sourde oreille en changeant de conversation amplifie la douleur de l’exclusion: on prétend m’aimer et on se montre amnésique sur ce qui m’est arrivé? Si je ne suis pas aimé-e avec ce deuil qui me meurtrit, ce n’est pas moi qu’on aime!
Le Dieu biblique est avant tout et par-dessus tout un Dieu qui se souvient. Pour dire que l’humain compte à ses yeux, on dit qu’Il se souvient de lui et de tout ce qui lui arrive, y compris de ce qu’il a lui-même minimisé ou oublié; rien n’est perdu de ce qui concerne son être: «Est-ce que l’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Pourtant, pas un d’entre eux n’est oublié de Dieu. Bien plus, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez sans crainte, vous valez mieux que tous les moineaux’ ! »Mais « Dieu » peut demeurer une réalité abstraite pour la personne endeuillée. Comment une telle Mémoire la rejoindra-t-elle alors dans son expérience intime ? Il suffit d’une fois, et on ne tient plus rigueur à tous ceux qui font mine d’oublier. Ainsi ai-je reçu le « livre de la mémoire » du collègue comme le signe tangible d’une Mémoire qui jamais ne fait défaut. Dans le judaïsme, une personne qui en sauve une autre passe pour avoir sauvé l’humanité entière. L’expérience me montre que l’inverse est aussi vrai: une personne qui a pu croire en l’humanité, fidèle et solidaire, d’une autre peut... croire en l’humanité entière!
(Lytta BASSET, Ce lien qui ne meurt jamais, Éditions Albin Michel, 2007, pages 175-179)
18 septiembre ULYSSE DE BAGDAD - Éric Emmanuel SCHMITT
J’ai terminé la lecture d’ULYSSE DE BAGDAD d’Éric Emmanuel SCHMITT. Je lui donne facilement un 5 sur 5, de par le sujet traité et la prose du texte. Certaines réflexions sur la condition humaine sont très intéressantes. La première phrase du roman : Je m'appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste ; au fil des semaines, parfois d'une heure à la suivante, voire dans l'explosion d'une seconde, ma vérité glisse de l'arabe à l'anglais ; selon que je me sens optimiste ou misérable, je deviens Saad l'Espoir ou Saad le Triste. La critique d’EVENE.fr Pour paraphraser Jacques Rancière, il serait juste, dans le cas d’Éric-Emmanuel Schmitt, de parler d’humanisme de la littérature. Non pas une injonction mielleuse ou vertueuse vers l’autre mais une reconnaissance de son irréductibilité à travers le roman d’une conscience et d’un cœur. Car avec un style toujours aussi épuré et juste, l’écrivain transforme le clandestin - nomination neutre, vide ou trop figée de l’appareil politique, administratif et médiatique - en un individu fier d’une subjectivité complexe, capable d’amour, de raison, de colère ou de courage. De plus, en orientalisant le mythe grec, c’est l’universel qu’il exalte, en rappelant que l’humanité, similaire ontologiquement, se décline heureusement à l’infini. Si pour Saad, “la philosophie est le moyen de rendre l’horreur supportable”, avec l’auteur de ‘La Part de l’autre’, la littérature apparaît comme le meilleur moyen de rendre à l’homme son visage et son épaisseur, c'est-à-dire sa dignité. A travers l’affection que Schmitt porte à ses personnages de roman, on devine son optimisme et sa foi inextinguible en l’homme. Une épopée moderne et émouvante célébrant avec talent la fraternité, la liberté et la contingence. Probablement l’un des plus beaux livres de cet auteur, décidément, imprévisible. Et voici quelques résumés glanés sur le site d’Amazon :
"Il s'en est fallu d'un cheveu qu'il naisse ailleurs,le clandestin, le vide, c'est pour ça qu'il le haïsse, parce qu'il rode dans leurs villes, qu'il squatte leurs bâtiments, parce qu'il accepte le travail qu'ils refusent, il leur dis aux européens qu'il aimerait être à leur place". C'est dans le livre , c'est dur et à la fin du bouquin et de ces 300 pages, on a un peu la nausée!!!
Un ami m'avait conseillé de lire Schmitt. ![]() 16 septiembre Citation de Helder Pessoa Câmara
"Personne n’est si pauvre qu’il n’a rien à offrir, Dom. Helder Camara (1909-1999)
Politique
« Quand je donne à manger aux pauvres on m’appelle un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres on m’appelle communiste ! »
« Si la politique est faire que les droits humains fondamentaux soient reconnus pour tous, cette politique est non seulement un droit mais un devoir pour l'Église. »
Église
« Les masses de ce continent ouvriront un jour les yeux, avec nous, sans nous ou contre nous... Malheur au christianisme le jour où les masses auront l'impression d'avoir été abandonnées par l'Église devenue complice des riches et des puissants. »
« La religion annoncée à des hommes sans liberté devient nécessairement une religion fataliste et magique. »
BIO
7 février 1909 Naissance à Fortaleza (Nord-est du Brésil) 15 août 1931 Ordonné prêtre. Secrétaire à l’éducation de l’État du Cearà 1936-1952 Directeur de l’enseignement religieux et de l’Action catholique 1952-1964 Évêque auxiliaire de Rio de Janeiro, il fonde et dirige la conférence des évêques du Brésil, vedette de la radio, Interlocuteur des pouvoirs politiques. 1964-1985 Archevêque de Recife (nord-est du Brésil), il quitte le palais épiscopal pour une humble demeure. Défenseur des pauvres, la dictature militaire le condamne au silence. Audience mondiale au Concile Vatican II et à travers le monde. 1985-1994 Ayant quitté sa charge d’évêque, il parcourt le monde pour la cause d’un monde plus juste, plus fraternel et plus humain. 27 août 1999 Décès à Recife. ![]() |
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